Parti Socialiste Boulogne-Billancourt
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La France en dépression

Bertrand Delanoë
Par Bertrand Delanoë, maire de Paris

Des jeunes dans la rue ! Face à ce constat qui semble l’effrayer, le pouvoir a d’abord donné dans un registre condescendant : en gros, la jeunesse n’a pas à se préoccuper de cette réforme et plutôt que de batifoler, elle ferait mieux de retourner en cours. Les actes condamnables et à vrai dire consternants des « casseurs », l’ont ensuite conduit à durcir le ton et à privilégier la logique de l’amalgame : un jeune dehors est décidément un jeune dangereux.

Autant d’aveuglement et de mauvaise foi de la part du chef de l’Etat sont profondément inquiétants. Car comment ne pas voir qu’au-delà de l’hostilité affichée par les Français à son projet de réforme des retraites – y compris celle des jeunes qui ont parfaitement le droit de s’en préoccuper – la crise actuelle révèle un mal plus profond encore ? A vrai dire, on peut tirer trois enseignements de cette séquence dont nul ne doit sous estimer la gravité.

– La France est plus que jamais en dépression. Son corps social est las de la brutalité et de la morgue qui caractérisent le mode de gouvernance actuel. Et que l’explosion survienne à la faveur d’un débat tronqué sur ce projet pourtant emblématique, ne doit rien au hasard. Car depuis plusieurs semaines, ce sont bien les « cibles » privilégiées de la politique gouvernementale qui de fait, sont placées en première ligne. Les plus modestes, les salariés entrés jeunes sur le marché du travail, mais qui seront les principales victimes de ce texte aussi bancal qu’injuste ; les syndicats dont la force propositionnelle et l’extrême esprit de responsabilité ont été à la mesure de l’intransigeance du gouvernement ; l’opposition, vilipendée, caricaturée, traitée avec mépris par tous les porte-parole d’une « ligne officielle » qui ne supporte pas la contradiction. Et aujourd’hui « les jeunes », que leur jeunesse devrait sans doute réduire au silence.

– Cette jeunesse qui défile, c’est pourtant le symptôme d’une société qui semble peu à peu perdre tout contact avec son propre avenir. Affaiblissement de l’Ecole républicaine, précarité, chômage, crise du logement, les jeunes sont ceux qui éprouvent le plus durement chacun des maux de notre époque. Ce qu’ils expriment aujourd’hui, c’est une angoisse collective, un appel à des repères, une aspiration à davantage de solidarité et de perspectives. Un jeune dehors, ce peut être aussi, et malheureusement, un pays qui renonce à ses propres devoirs.

– Mais ce pouvoir ne le voit pas, ne le comprend pas, ne s’en préoccupe pas. Quand, au cœur de cette période si sensible, il lance un ballon d’essai sur une éventuelle suppression de l’ISF, c’est son cynisme qui, une fois encore, transparaît sans complexe. Et quand, au Sénat, il annonce un « débat national » pour 2013, sur une « réforme systémique » de nos retraites, il avoue implicitement l’inefficacité de son projet avant même son adoption. Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire. Cette posture inflexible, cette propagande jusqu’à la nausée, pour aboutir à quoi ? A un petit morceau de texte qui ne règlera rien. Mais, aux yeux du gouvernement, l’essentiel est ailleurs : une démonstration de force et d’autorité. Qui passe, sur ce sujet comme sur d’autres, par sa stratégie récurrente des antagonismes.

Gouverner en divisant. Diviser en déprimant. La France mérite mieux.

La bataille des retraites

Par Xavier DUPLAT, secrétaire de section

Nous sommes face à un paradoxe. La réforme des retraites est considérée par tous comme inévitable : avec 10 % des retraites aujourd’ hui payées à crédit, donc par les générations futures, ne rien faire serait servir une génération et condamner une autre. C’est d’autant plus vrai que les besoins de financement iront croissant, du fait de la démographie et de la hausse attendue de l’espérance de vie. Sur cette base peu contestée, le gouvernement avait la possibilité d’entamer une réforme qui pouvait avec de la concertation recevoir l’assentiment de tous. Il n’en a rien été : nous assistons aujourd’hui avec des millions de manifestants dans les rues à une bataille des retraites. Si elle aboutira probablement à l’adoption du projet gouvernemental, ce projet n’aura pour autant ni convaincu une majorité de français, ni apporté un financement suffisant aux retraites puisqu’il ne va chercher que 60 % des besoins de financements supplémentaires nécessaires à l’horizon 2020.

Hors ce dernier point qui obligera rapidement à de nouveaux ajustements sur les retraites, cette réforme est quadruplement injuste :

Elle est injuste en faisant peser l’effort sur les actifs rentrés tôt sur le marché du travail (44 ans de cotisation si on a travaillé dès 18 ans) : souvent les salariés les plus modestes.

Elle est injuste concernant les femmes. Elles étaient, du fait d’arrêts de carrières liées notamment à la maternité, les plus nombreuses à devoir attendre 65 ans pour toucher leur retraite à taux plein. Elles seront encore les plus nombreuses demain à devoir attendre les 67 ans.

Elle est injuste dans les sources du financement. L’effort de la réforme pèse à plus de 90 % sur les salariés, alors même que la part des bénéfices des sociétés s’est ces 20 dernières années considérablement réorientée vers les actionnaires au dépend des salariés.

Elle est injuste dans son traitement de la pénibilité. Certaines tâches, avec pénibilité physique et exposition à des substances nuisibles induisent une espérance de vie moindre. Il faut pourtant que le salarié soit accidenté avec une invalidité résultante pour pouvoir s’arrêter avant 62 ans. Le seul avantage : dire que la réforme traite de la pénibilité. Les faits : 0,1 % des salariés seulement sont concernés.

Ces éléments font que nous devrons, si vous nous faites confiance en 2012, faire une contre-réforme. Les efforts demandés seront importants, mais avec une autre vision de l’équité. Notre projet permet un financement global jusqu’à 2020, afin de préserver nos jeunes générations. Les revenus du capital participent davantage au financement. Les faiblesses ci-avant énoncées sont traitées.
Dans un pays qui rencontre des difficultés, le transformer en champ de bataille par manque d’écoute est irresponsable. Quand les irresponsables sont nos responsables, quand des slogans comme « Parce que je le vaux bien » évoquent plus l’indécence du fric-roi que la crème anti-ride, un changement d’époque apparaît plus que jamais nécessaire. Vous seuls pouvez le décider.